Article : le bois paysan

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Le bois paysan
Séminaire “le bois paysan”du 22 et 23 octobre 2005
à Najac dans l'Aveyron
Compte-rendu de la première journée
 

Nous avons choisi d’organiser un stage sur la gestion du bois paysan dans l’organisme agricole, car on ne pense pas assez souvent à la forêt, à son rôle dans la ferme, au fait qu’elle aussi fait partie de l’organisme vivant agricole. Nous voulions par cette approche amener chacun à prendre conscience de l’importance des arbres, de la forêt et de sa bonne gestion, ainsi qu’à voir comment la forêt pouvait elle aussi participer à la vie de la ferme.

Ce séminaire, organisé conjointement avec l'Association de culture bio-dynamique du Quercy-Rouergue était destiné à un public d'agriculteurs et forestiers. Une vingtaine de ceux-ci avaient répondu présent, ceux venant du plus loin étant là depuis le vendredi soir.

Ces deux journées ont débuté par une présentation de la ferme La Rivière" de Thierry ROUSSEL :
32ha SAU, noyau de 15ha de prairies +7ha de bois, élevage de vaches allaitantes Aubrac ou Limousines. La grange et l'annexe sont construites avec une charpente bois : piliers de chêne, panes et chevrons peuplier, coupés en vieille lune d'août et laissés 1 mois avant d'ébrancher (rôle de pompe à sève joué par les feuilles), puis mis en place l'hiver suivant. Le tout est recouvert d'un bardage bois. Un parcours sur la ferme (environ 2h) a suivi : son but était d'observer SANS A PRIORI, ressentir les différents environnements, les ambiances (couleurs, lumières, humidité, souplesse de la terre, odeurs, vie animale, végétation, etc.). Utiliser tous les sens, ne pas chercher à expliquer, nommer les choses. Observer les interactions entre agriculture et forêt.

Après le repas et la présentation des participants, un travail de restitution des différents groupes est entrepris sur les observations de la matinée : Chaque sous-groupe redessine globalement le parcours effectué avec les couleurs dominantes. 3 zones sont séparées en fonction des altitudes croissantes:
a) lit de la rivière : au sud  du chemin, jusqu'au bord de l'Aveyron : plat, frais,  vert, humide , zone inondable, peupliers
b) zone agricole : prairies naturelles, 1 prairie ré-ensemencée, vert, humide sauf à l'ouest (versant ouest d'un ru descendant de la colline)
c) zone de forêt : fortes pentes
    •  jaune, sec, châtaigniers + plateau avec vieux chênes à l'ouest
    •  sombre, vert, plus humide sous épicéas au centre
    •  sec sous pins à l'est

Jean Michel Florin intervient alors pour apporter des bases pour l'observation paysagère et montrer l'utilité de chaque élément de cette structure :
1.  Noter l'unité, la cohésion créée par les haies qui sont des vestiges de forêt au milieu des prés, et les clairières véritables ouvertures agricoles et lumineuses dans la forêt, plus les grands arbres isolés dans les prairies qui correspondent à des "rappels" de la forêt.
2.  S'exercer à voir les transitions, les ruptures dans "l'organisme agricole", la diversité des "organes" de ce tout. Ainsi la ferme parcourue peut aussi se symboliser par plusieurs cercles concentriques partant de l'habitation humaine, avec des populations typiques de chaque zone :
a) autour des bâtiments : paysage fortement domestiqué : verger, potager, orties, etc
b) lit de la rivière : bois tendres, champignons, valériane
c) zone agricole : pissenlit, camomille, etc.
d) zone de forêt : zone plus "sauvage", achillée, bois durs , chêne, etc.

Respecter cette organisation, laisser place pour chacun des êtres vivants présents : par ex. si on utilise des fongicides, les champignons sont détruits dans le sol et tendront à migrer vers le "haut", pouvant provoquer des maladies.

Un deuxième parcours est alors entrepris dans la forêt : son but est de noter les différentes stations, avec les caractéristiques générales des arbres : tailles, grosseurs, âges. Lire dans la situation présente le passé et le futur du lieu (les solutions possibles).
 

a) Le plateau haut :
Il consiste en une belle chênaie (presque centenaire) en cépées, ambiance "très agréable pour un pique-nique"
Tendances globales : végétation avec port avec tiges marquées ; tendance au sec, resserré, acide. germandrée scorodouane (?), mélampyre, calune, genêt, chèvrefeuile, luzule (poils siliceux), fétuque ovine, fougère aigle, etc.
Notes sur l'évolution des populations d'arbres : les termes employés sont le semis , puis le gaulis (jusqu'à 10 ans) puis le perchis (jeunes arbres). Il faut une pyramide des âges équilibrée, il faut donc  prévoir de petits actes pour renouveler la forêt.

b) Station descendante juste après le plateau :
On note la présence d'alisier torminal : fruitier (sorbier), rosacée, bois blanc très recherché . Il est  re-semé par les oiseaux par noyaux digérés et enrobés de fiente (idem merisiers).
Nota bene : les bouleaux et érables , etc sont re-semés par le vent, les conifères et chênes sont re-semés par les rats, sangliers et fouisseurs
Peu de fruitiers sont présents ( belles couleurs jaunes), exceptés quelques néfliers, châtaigniers.Vu plusieurs champignons de souche (saprophytes) qui évoquent un univers sous-marin, sous-terrain, avec la tendance du mycelium à s'étendre à l'infini, comme des racines. La fougère polypode est présente avec son rhizome au goût de réglisse.

Présence d'oïdium sur les feuilles de rejets de chênes : une interprétation possible est que les feuilles ont poussé trop vite, trop de sève, pas assez de structure, de forme => les champignons décomposent naturellement ce qui n'est pas assez formé (problème idem avec engrais azotés et maladies cryptogamiques).

c) Station avec gaulis sur ancienne coupe forestière :
On peut y noter la présence de grosses souches de chênes coupés et celles de gaulis de châtaigniers , alisier et chêne. Il faudra protéger des animaux d'élevage jusqu'à ce que le gaulis soit assez haut (3m environ). Peu de plantes ligneuses sont présentes : pulmonaire (sol argileux et humide), renoncule, euphorbe, gesse, centaurée, ronces (favorisées par l'éclairement et une terre riche).

d) Station avec épicéas :
L'altitude est trop basse a priori, mais les épiceas ont résisté à la canicule car la bio-diversité est bonne : les conifères sont implantés par "taches",ces petits bouquets apportent une dimension "verticale", un abri naturel pour les animaux, qui broutent leurs pointes (excellent pour la circulation, réchauffants, permet d'éviter les problèmes pulmonaires).
A côté,il faut noter une ex-plantation de 10 châtaigniers, peu entretenue, débordée et étouffée par les chênes.

Pour clore cette première journée, une soirée est consacrée à la vision d'un film documentaire"Vivre la forêt" réalisé par ProSylva, l'"Association pour la Futaie Irrégulière", le but de la conduite forestière en futaie irrégulière est d'avoir toujours du bois sur la parcelle,de maintenir la continuité de l'écosystème,la couverture du sol . Cela correspond à un engagement à long terme, pour les générations futures , à "faire confiance à la nature", à simplement orienter dans le sens de la qualité du peuplement. Il est démontré que c'est intéressant écologiquement ET économiquement des prélèvements modérés et réguliers remplacent une grosse coupe: environ 8m3 de chêne/ha/an sont coupés libèrant ainsi environ 100m2 et permettant une régénération . Les frais sont de 5 à 8 €/ha/an . Il faut compter un renouvellement de la parcelle en 35 à 40ans. Cela permet une meilleure résilience des peuplements après une tempête (celle de 1999 a créé de nombreuses futaies irrégulières!!).

 

Intervention d'Alain CHRISTOFLE

La forêt n'a pas besoin de l'homme, c'est un organisme parfaitement autonome, alors que l'homme a besoin de la forêt pour vivre !

Historique :
Il s'effectue naturellement des rotations d'essences d'arbres sur des milliers d'années. Au Moyen-Age eurent lieu beaucoup de brûlis, des destructions pour l'agriculture, le chauffage ou la construction : la proportion de forêt tombe à 12% au 13ème siècle. Au 19ème siècle la forêt se développe en futaies régulières et monocultures. Aujourd'hui il y a une désaffection pour la forêt c'est la  "tranquillité", "l'âge d'or" pour la forêt!...

Rappel sur futaie régulière (conventionnelle) : l'exploitation se fait sur 240 ans en moyenne : 240 parcelles alignées depuis les parcelles de semis jusqu'aux parcelles de "vieilles écorces". Mais cela  pose plusieurs problèmes , par exemple le sapin pectiné ne fait pas de semis quand on le veut...

Gestion de la futaie irrégulière : il faut préserver des zones de semis, de gaulis, de vieux réparties souplement selon les opportunités naturelles. Pour l'abattage et le débardage il faut respecter au maximum les jeunes arbres, éviter trop de circulation des bois, même si les densités de 20 à 30 semis/m2 laissent des ressources. Il faut couper les vieux arbres sinon un déséquilibre s'installe, on ne laissera rien à la génération suivante! Il faut savoir que la courbe de croissance d'un chêne correspond à une croissance régulière sur 160 ans, puis une stabilisation jusqu'à 400ans maxi, puis une phase de sénescence.
Actuellement on ne récupère que 20% de la production de la forêt, le reste retourne à la forêt, mais un danger existe avec les nouvelles machines de plus en plus énormes qui permettent d'exploiter au maximum tout le bois présent. Exemples d'exploitations désastreuses: au Québec, massacre de forêts ("l'horreur boréale"), en Chine, désertification accélérée.

Propriété forestière :  la moyenne est de 1ha par propriétaire en Aveyron !

Chaque propriétaire peut faire ce qu'il veut de sa forêt (sauf que les lois sécuritaires actuelles le rendent responsable si un promeneur est blessé par une chute de branche!). Il faut parcourir souvent sa forêt pour bien la ressentir, ne pas craindre de se contredire. Alain Christophle a choisi de faire bûcheron pour être au plus près des arbres, développer son ressenti, une connaissance plus "sensuelle" de la forêt, et donc aussi plus affinée intellectuellement par la suite.

Changements climatiques:  la température moyenne actuelle est de +15°C (de -25 à +35°C)

La plupart des modèles à 50 ou 100 ans prévoient une température moyenne de +16,5°C ce qui provoquera un essor du pin maritime, la chute du hêtre, du sapin, etc. L'effet négatif sera limité s'il existe une bonne biodiversité (ex des épicéas sur la ferme étudiée) qui favorisera une meilleure résistance, résilience.

"Sociabilité" des arbres : il faut éviter la monoculture de fruitiers (alors que cela pose peu de problèmes pour les chênes). Il existe des interactions entre les espèces : certains arbres se contrarient mutuellement (ex hêtre pour lui-même), au contraire laisser des bouleaux aide l'espèce "dryade" (?) comme le hêtre, etc.

Plantes de lumière ou d'ombre (hêtre, sapin)

Conclusion "littéraire" de Jean-Michel Florin

 

Notes :
Trois textes sur les arbres (retranscrits très grossièrement):
Kaster : "les forêts se taisent mais ne sont pas muettes, elles permettent consolation et échange entre les âmes"
Paul Claudel : "pénétrer une forêt est comme pénétrer une âme"
Saint-Exupéry : "Planté dans la terre par ses racines et dans les astres par ses branches, l'arbre est un chemin de passage entre le ciel et nous"
Signalé le livre "Arbres, Arbustes, Arbrisseaux" de P.Lieutaghi, éd. Actes Sud.

 

 

Contact :
Syndicat d'Agriculture Bio-Dynamique
Défense et promotion des agriculteurs en bio-dynamie
5, Place de la Gare
68000 Colmar
Tél. : 03.89.24.37.01
Fax : 03.89.24.27.41
www.bio-dynamie.org

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