Article : la culture de la lavande

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Article : La culture de la lavande
à la ferme de Baume Rousse
(domaine en bio-dynamie)

    

La Ferme de Baume Rousse se situe à la limite septentrionale de l’aire de la lavande vraie, la Provence, berceau d’une association traditionnelle : brebis/ lavande.
En arrivant à Baume Rousse fin 1987 nous étions depuis trois ans cueilleurs de plantes aromatiques, singulièrement de lavande.
Constatant au cours de ces années une raréfaction des populations sauvages et une baisse importante des surfaces cultivées, nous plantons nos premières lavandes en 1989.
Les années suivantes, au fil du défrichement, nous continuons à planter de la lavande fine de population issue de semis, et diversifions nos sources d’approvisionnement en plants. Tout en expérimentant rapidement l’enherbement naturel maîtrisé, puis le semis de prairies en inter-rangs. Dès cette époque, nous sommes suivis par différents techniciens très intéressés par notre approche de cette culture et par l’effet bénéfique apporté par les pratiques bio-dynamiques, entre autres dans la lutte contre le dépérissement. En effet, il est apparu, après coup, que deux des cinq origines de nos plants étaient en fait situées dans des foyers d’ une maladie nouvelle, le dépérissement, maladie de dégénérescence.

Après une période de décroissance des surfaces cultivées et l’arrêt de la vente aux grossistes, nous cultivons à ce jour deux mille cinq cent mètres carrés de lavande, ainsi qu’un jeune plantier de mille mètres carrés , dont nous commercialisons nous-même l’entière production.
Nos lavandes reçoivent une pulvérisation de bouse de corne[1]en mars, pour accompagner l’éveil de la parcelle, de silice de corne[2] en avril pour soutenir la pousse des feuilles et le surgissement des tiges, à nouveau une silice en juin pour renforcer la floraison. Après avoir été pâturées par les brebis après la récolte, les parcelles bénéficient en septembre , lors de la reverdie, d’une seconde pulvérisation de bouse.
La lavande fine a la capacité de fixer la silice de l’air, celle qui fait crisser la faucille lors de la récolte qui se situe fin juin pour la fleur et mi-juillet pour l’essence. D’où l’intérêt de récupérer et réintégrer dans le cycle organique de la ferme, via le compost,  les pailles distillées : c’est de la matière organique produite sur la ferme et conservée sur celle-ci, riche en silice, élément rare en terre calcaire. C’est aussi relier également à  travers le compost brebis et lavande.

Les brebis pâturent les lavandes une première fois au début de la mise à l’herbe, courant mars. Quinze jours plus tard, ce sont les agnelles qui font leur première sortie et broutent l’herbe naissante, freinant ainsi son développement. Arrivent avril et suffisamment de chaleur pour que la lavande se réveille, verdisse , pousse et dresse ses tiges tendres et carrées. Mai durcit celles-ci et prépare l’impulsion de la fleur.

Début juin, au moment où la lavande a besoin de ne pas manquer d’eau pour fleurir en beauté, un passage délicat du roto- fil fauche l’herbe qui a poussé. Celle-ci reste sur place, formant ainsi un modeste mulch. Les graminées ont alors trop chaud pour pousser et se mettent en sommeil estival. L’espace est alors entièrement disponible pour l’épanouissement des touffes et des fleurs qui rapidement, et les abeilles nous le montrent sans tarder, libèrent parfum subtil et nectar généreux, et nous réjouissent l’âme par cette humble et paisible force.
La floraison s’étage sur trois semaines environ. Lorsque quatre fleurs sur cinq sont fanées, les faucilles sont affûtées. La récolte est réalisée en jour de lumière[3], entre 9 et 15h. Les saquettes[4] sont vidées en bout de rangée sur des bourras[5] en jute qui, une fois pleins, sont transportés à l’ombre du hangar. La récolte y est étalée et brassée avec une fourche en micocoulier pour l’aérer et éviter tout échauffement.

Vers 17h, celle-ci est chargée et acheminée vers l’alambic de la coopérative, qui procède alors à la distillation. Essence, hydrolat et pailles sont récupérés le lendemain matin. Les pailles sont alors étalées et brassées afin de sécher, puis pressées à la botteleuse. Au cours de l’hiver, ces quelques ballots iront rejoindre la litière des brebis, apportant un aspect insectifuge. Les brebis brisent et incorporent ces pailles à leurs déjections, au sein de la litière.

Une année sur trois, en septembre, une fine couche de compost mûr (9 mois de maturation) est épandue sur les lavandes.
Courant août, après leur tarissement, les brebis viendront racler l’herbe de l’inter- rang , dédaignant les touffes de lavande au goût et à l’odeur trop marqués. Anesse et vaches , quant à elles, pâturent le tour de la plantation, mais sont personae non gratae au milieu de celle-ci.
En septembre, suite aux orages d’août et au retour de la rosée, une pulvérisation de bouse de corne est effectuée pour accompagner la reverdie qui s’annonce.
Fin octobre, un dernier passage des brebis, et puis c’est l’hivernage, pour les brebis comme pour la lavande.

L’essence est stockée dans des bouteilles en verre, dans la cave d’affinage de nos fromages, au calme, à l’obscurité, pour y mûrir, s’y affiner. L’hydrolat , stocké en bidons plastiques, partage quant à lui la cave des pommes de terre. La récolte des fleurs et le moment choisi pour en mettre une partie en bocal de verre, recouvertes d’huile d’olive et exposées au soleil pendant 21 jours. Après filtration douce, une excellente huile de massage est obtenue, conservée en flacons de verre opaque, à l’ombre, au frais et au calme.

« Brebis/lavande »: une association traditionnelle que la Ferme de Baume Rousse a enrichi, rénové, élargi, dans le cadre de cet écosystème complexe, diversifié et dynamique que nous nous employons depuis 17 ans à créer.

 Stéphan Cozon
Agriculteur - Ferme de Baume Rousse

 


Notes :
[1] Préparation spécifique de l’agriculture bio-dynamique , élaborée puis stockée au sein de nos fermes. Elle est diluée et dynamisée avant pulvérisation.
[2] Idem.
[3] Suivant les indications du calendrier cosmique.
[4] La saquette, en coton ou en lin de préférence, est un drap que l’on se noue dans le dos, constituant un réservoir, une poche, permettant de garder les mains libres pour la cueillette tout en portant les plantes récoltées..
[5] Les bourras sont des pièces de tissu, des carrés de toile de jute, par exemple, avec une lanière à chaque angle, qui sont traditionnellement utilisés pour porter feuilles, foins, plantes (lavande, tilleul)

 

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Syndicat d'Agriculture Bio-Dynamique
Défense et promotion des agriculteurs en bio-dynamie
5, Place de la Gare
68000 Colmar
Tél. : 03.89.24.37.01
Fax : 03.89.24.27.41
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